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Jeudi 5 février - La Physique des Dieux

  La nuit qui suivit les événements d'Ardour Street fut interminable. Aucun des investigateurs ne dormit véritablement. Le souvenir de cette présence innommable continuait de flotter dans leur mémoire comme une image impossible que l'esprit refusait tout à la fois d'accepter et d'oublier. Monsieur Lee s'était muré dans un silence presque complet. Son regard semblait avoir perdu cette étincelle qui, quelques jours auparavant encore, trahissait sa curiosité insatiable. Blair, incapable de trouver le moindre réconfort dans les raisonnements des hommes, s'était réfugié jusqu'au cœur de la nuit dans les Saintes Écritures. Les pages de sa Bible défilaient sous ses doigts avec une fébrilité presque désespérée, comme si chaque verset pouvait encore dresser une fragile digue contre l'immensité de ce qu'il avait entrevu. Martin, quant à lui, dormit peu. Lorsqu'il fermait les yeux, il croyait encore sentir le souffle glacé du Vent Noir derrière son épau...

Mercredi 4 février - Le Regard venu d'Ailleurs

  Londres, mercredi 4 février 1925 Il est des portes que l'homme ne devrait jamais franchir. Non parce qu'elles enfermeraient quelque trésor interdit, mais parce qu'elles conduisent vers des vérités dont aucun esprit sain ne peut supporter le poids. La veille encore, les cinq investigateurs avaient pénétré dans la demeure de Miles Shipley. Ils y avaient contemplé des œuvres que nul pinceau humain n'aurait dû pouvoir concevoir, affronté une créature dont les traits défiaient les lois mêmes de la nature et détruit une abomination qui, dans son dernier souffle, ne s'était pas effondrée comme un être vivant, mais s'était dissoute en une cendre grise que Sam avait recueillie avec autant de prudence que de répulsion. Ils avaient quitté Holbein Mews convaincus d'avoir triomphé. Ils ignoraient encore qu'ils n'avaient fait qu'entrouvrir une porte. Et que quelque chose, désormais, savait leur existence. Les premières lueurs du mercredi 4 février se le...

Mardi 3 février 1925 - Les tableaux de l'abîme

Londres, le 3 février 1925 Le brouillard de Londres semblait avoir gagné en épaisseur depuis leur arrivée. Il ne se contentait plus d'étouffer les rues et les façades victoriennes ; il paraissait désormais s'insinuer dans les esprits eux-mêmes, s'accrochant aux pensées comme une moisissure invisible. La journée du 4 février 1925 se révéla particulièrement éprouvante pour les cinq investigateurs. Après un solide petit déjeuner pris au Russell Hotel, chacun poursuivit sa propre piste, comme si une force obscure les dispersait volontairement afin de mieux éprouver leur résistance. Alessandro Cagliostro et son fidèle compagnon, M. Lee, se rendirent à la Midland Bank. Là, dans les profondeurs silencieuses du bâtiment, ils ouvrirent un coffre au nom de Cagliostro et Lee. Ils y déposèrent plusieurs des artefacts récupérés dans les entrailles maudites de la Ju-Ju House, ainsi que l'abominable ouvrage intitulé La Vie d'un Dieu et trente-cinq bâtons de dynamite dont la simple...

Lundi 2 février 1925 — Le seuil du Vieux Monde

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 Southampton — Le quai des ombres Le lundi 2 février 1925 vit enfin la fin de la traversée. À l’aube, le RMS Aquitania glissa lentement vers le quai de Southampton, dans un crissement humide de métal et de cordages, comme si le navire lui-même rechignait à livrer ses passagers à la terre. Un brouillard bas, lourd comme un couvercle, s’était abattu sur le port. Une bruine fine collait aux manteaux, aux cheveux, à la peau. Les passagers se pressaient, soulagés de quitter la mer — mais nul ne parlait vraiment. On ne se saluait pas. On ne se retournait pas. Tous descendaient trop vite, comme si l’océan avait laissé en eux une souillure invisible. Sur le quai, des lampadaires jaunes découpaient des halos déformés dans la brume. Le vent portait une odeur de fioul, de varech… et autre chose. Plus métallique. Plus animal. Une senteur fugace qui, un instant, évoqua à plusieurs d’entre eux la cave de la boutique Ju-Ju. Puis elle disparut. Les valises furent déposées sans ménagement. Non...

La traversée - RMS Aquitania - Dimanche 1er février 1925

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Le grand dîner de gala du RMS Aquitania Le dimanche 1er février 1925, veille de leur arrivée à Londres, s’imprima durablement dans l’esprit des investigateurs comme une journée de malaise diffus, de regards insistants et de certitudes impossibles à formuler. Dès le matin, Alessandro, encore hanté par la rencontre du fumoir la veille, tenta de retrouver l’homme à la pièce d’or. Il interrogea des membres d’équipage, erra dans les coursives, observa longuement le fumoir à différentes heures du jour. Personne ne se souvenait de lui autrement que comme d’un habitué discret, sans nom, sans cabine clairement identifiée. En fin d’après-midi, dans un geste presque désespéré, Alessandro laissa un mot au fumoir, rédigé à la hâte, proposant un rendez-vous plus tard dans la soirée. Le mot ne reçut jamais de réponse. Lorsque le soir tomba, Blair, Monsieur Lee et Alessandro se rendirent au dîner de gala, événement mondain majeur de la traversée. Ils y entrèrent avec cette appréhension diffuse qui...

La traversée - RMS Aquitania - Samedi 31 janvier 1925

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Celui qui porte la même cicatrice La journée du samedi 31 janvier 1925 leur réserva plusieurs surprises — autant de fissures dans l’illusion fragile d’une traversée paisible. Elle s’acheva, comme les précédentes, sous le bourdonnement sourd des machines et le roulis feutré de l’Atlantique, mais quelque chose, ce soir-là, avait changé. L’air semblait plus dense. Le navire, plus étroit. Comme si l’Aquitania lui-même avait commencé à écouter. En fin de journée, Blair, Monsieur Lee et Alessandro décidèrent de terminer la soirée dans le luxueux fumoir du paquebot, espérant y trouver un apaisement que leurs cabines ne leur offraient plus. Le lieu baignait dans une lumière brune, presque liquide. Les boiseries luisaient sous les lampes basses, et les volutes épaisses de tabac s’accrochaient au plafond comme un second ciel. Le cliquetis feutré des verres, les conversations étouffées et le battement régulier des moteurs composaient une mélodie hypnotique, presque rassurante. C’est alors ...